
Plus on réalise d'insémination et, curieusement, moins on a de chance que cela se traduise par une conception. Alors, à la quatrième tentative, je commençais à désespérer. Six tentatives maximum possible. Plus que deux donc.
Echec à nouveau et une douleur au plus profond de moi comme des fausses couches à chaque tentative ratée.
Je garde espoir. Nous gardons l'espoir d'un miracle.
Echec à nouveau et une douleur au plus profond de moi comme des fausses couches à chaque tentative ratée.
Je garde espoir. Nous gardons l'espoir d'un miracle.
Cinquième tentative et toujours ce train, ce tram, cet hôpital puis le tram et le train avec une gare que je connais par coeur.
Mais environ quatorze jours plus tard, du retard. Pas question de faire de test, j'ai donné. Je fais directement la prise de sang que je paye de ma poche. Trois chiffres à nouveau ! La joie est là mais moindre. L'angoisse prend la place. Ne pas perdre celui là. Tout faire pour ne pas le perdre.
Mais voilà, du nouveau dans ma vie : une fin de contrat, un concours réussi et une mutation ailleurs ; certes moins de transports en commun différents (avant j'avais trois métros et un bus à multiplier par deux pour l'allée-retour !) mais une drôle d'ambiance. Je ne sais pas alors que je suis enceinte, je me dis que c'est une possibilité. Je suis restée une semaine seulement à ce nouveau poste ; victime de harcèlement moral (et je pèse mes mots!) à presque 40 ans, pas question. Je n'ai pas envie de revivre ça. Je n'ai pas envie de me laisser faire. Je fais jouer mes appuis et, de toute façon, je suis prête à démissionner. J'y ai bien réfléchi, l'enfant est prioritaire. Je dois être au calme pour mener à terme ma grossesse.
Je change de lieu de travail : une heure de trajet mais un seul métro à prendre.
J'apprends que je suis enceinte peu de temps après mon changement. Je ne sais pas comment ma nouvelle "chef" va prendre la nouvelle. J'attends avant d'en parler.
Le premier mois passe et ça va. Les douleurs au ventre me semblent logiques parce que je sais que je dois les avoir. Ma gynécologue me propose une échographie de contrôle quelques jours avant celle, officielle, du premier trimestre.
En attendant, j'essaye de me décontracter. En fin de semaine, je vais chez des amis. Beaucoup de voitures, ça roule mal. Je ne conduis pas mais je subis ce stresse de la route.
D'un coup, freinage brusque. Mon coeur s'arrête net mais repart aussitôt. Sensation étrange mais bien réelle. Chez mes amis, quelques heures plus tard, je me sens mal ; coup de chaleur, j'ai besoin de m'allonger.
Quelques jours plus tard, la fameuse échographie. Je le vois, devant moi, ce petit être en moi. Une espèce de haricot. Le radiologue me dit qu'il y a un problème. Mon coeur s'accélère. Le professionnel n'est pas clair ou c'est moi qui ne comprend rien ... qui ne veut rien comprendre. Il me précise que le foetus n'a pas évolué normalement et que le coeur ne bat plus. IL EST MORT. J'ai un enfant mort en moi. Je ne pensais pas ça possible. Je crois à la fausse couche, à cette perte de sang lavant le souvenir d'un être possible. Je croyais que la nature était bien faite, qu'elle ne permettrait pas qu'on puisse vivre normalement, sans symptôme en plus, avec un être mort. Mais c'est la vérité. Il est là, il a vécu mais il est mort ... depuis plusieurs jours ajoute le spécialiste qui s'isole pour téléphoner à ma gynécologue.
Je la contacte le lendemain. Elle prévoit de laisser la nature faire son travail et si ça ne fonctionne pas ... de faire enlever le foetus.
Enlever ! Quelle idée ! Enlever ce que je désire le plus. Me faire subir une intervention, même si ce n'est pas une IVG, est un crime à mes yeux. C'est tuer, à nouveau, un espoir, un désir.
Je n'accepte pas sa mort, le radiologue a du se tromper. Il m'a menti. Je me raccroche à des idées stupides. Je n'ai plus de douleur de ventre depuis le lendemain de cette soirée chez mes amis. Il est peut-être mort là, à cet instant du freinage, à cause d'imbéciles qui se croient plus forts que les autres à rouler comme des fous. On a tué mon bébé. Il me faut un coupable pour avoir moins mal.
En attendant, j'ai mal sans aucune douleur physique. Le foetus s'accroche. Je vais voir l'anesthésiste pour préparer l'intervention. Le jour J, ma moitié est là, comme toujours. Je suis dans une petite chambre éloignée de tout et surtout de tous mais proche des toilettes. J'attends un long moment et on vient me chercher. Je stresse. Je stresse tellement que j'ai commencé à me réveiller durant l'intervention et qu'il a fallu m'injecter davantage de produit anesthésiant.
J'ai demandé à ce que les restes soient analysés. Parce que c'est tout ce qui reste d'un futur humain : des morceaux. Rien qu'à l'idée, j'ai la nausée.
Quelques semaines plus tard, on me signale qu'il n'y a rien qui explique la mort, rien de visible, rien de génétique. Je demande si c'était un garçon ou une fille. On ne peut pas me le dire ... des restes !
Et là, on se retrouve face à un vide immense : la société ne prévoit rien. Rien n'apparaîtra sur mon acte de naissance, sur un livret de famille, rien nul part comme si je n'avais jamais été enceinte. On ne prévoit pas d'enterrement, de cellule psychologique. On me tient à l'écart. Je ne suis rien, on me renie, on m'ignore. Je ne peux même pas leur donner de prénoms. Les prénoms ont été choisis depuis le jour où nous avons découvert la Belgique et sa clinique spécialisée mais ils restent sans attache, sans figure sur lesquels les accrocher.
Pour le premier, on avait fait un acte symbolique : une petite boite à bijoux pour mettre une bague, vide, que l'on a lancé dans une rivière. Pas écolo, je vous le concède mais une façon de tenter de refermer la plaid. Les flots emportent ce petit bateau improvisé, en espérant emporter avec les larmes et la douleur. Pour le second, quoi faire, rien.
J'ai juste peur de la voiture, de ces fous qui ne se rendent pas compte qu'ils tuent ... de toute façon ils ne seront jamais condamnés. Même pour les vivants, il vaut mieux tuer une personne détestée avec une voiture qu'avec une arme à feu : on ne prend qu'un an ou deux de prison. C'est jugé comme un accident ! ça me révolte mais je ne peux rien y changer.
Je fais la sixième tentative mais ... échec. Comme je suis tombée enceinte deux fois (eux ils le savent à l'étranger, ils en tiennent compte !), on m'accorde une septième tentative exceptionnelle mais rien !
J'ai échoué, j'ai réussi mais j'ai échoué. Que faire ?
Il existe la FIV : fécondation in-vitro. Plus compliqué, plus cher ... beaucoup plus cher. Mais on parle d'enfant là, de futur être humain, pas d'argent. Certains voudront réduire cela à cette question de fric mais ça n'a rien à voir. L'argent ne fait que payer un service. En France, on paye ce service de la même façon, pour le même tarif mais c'est la Sécu qui s'en charge ... c'est la seule différence.
Quelques jours plus tard, la fameuse échographie. Je le vois, devant moi, ce petit être en moi. Une espèce de haricot. Le radiologue me dit qu'il y a un problème. Mon coeur s'accélère. Le professionnel n'est pas clair ou c'est moi qui ne comprend rien ... qui ne veut rien comprendre. Il me précise que le foetus n'a pas évolué normalement et que le coeur ne bat plus. IL EST MORT. J'ai un enfant mort en moi. Je ne pensais pas ça possible. Je crois à la fausse couche, à cette perte de sang lavant le souvenir d'un être possible. Je croyais que la nature était bien faite, qu'elle ne permettrait pas qu'on puisse vivre normalement, sans symptôme en plus, avec un être mort. Mais c'est la vérité. Il est là, il a vécu mais il est mort ... depuis plusieurs jours ajoute le spécialiste qui s'isole pour téléphoner à ma gynécologue.
Je la contacte le lendemain. Elle prévoit de laisser la nature faire son travail et si ça ne fonctionne pas ... de faire enlever le foetus.
Enlever ! Quelle idée ! Enlever ce que je désire le plus. Me faire subir une intervention, même si ce n'est pas une IVG, est un crime à mes yeux. C'est tuer, à nouveau, un espoir, un désir.
Je n'accepte pas sa mort, le radiologue a du se tromper. Il m'a menti. Je me raccroche à des idées stupides. Je n'ai plus de douleur de ventre depuis le lendemain de cette soirée chez mes amis. Il est peut-être mort là, à cet instant du freinage, à cause d'imbéciles qui se croient plus forts que les autres à rouler comme des fous. On a tué mon bébé. Il me faut un coupable pour avoir moins mal.
En attendant, j'ai mal sans aucune douleur physique. Le foetus s'accroche. Je vais voir l'anesthésiste pour préparer l'intervention. Le jour J, ma moitié est là, comme toujours. Je suis dans une petite chambre éloignée de tout et surtout de tous mais proche des toilettes. J'attends un long moment et on vient me chercher. Je stresse. Je stresse tellement que j'ai commencé à me réveiller durant l'intervention et qu'il a fallu m'injecter davantage de produit anesthésiant.
J'ai demandé à ce que les restes soient analysés. Parce que c'est tout ce qui reste d'un futur humain : des morceaux. Rien qu'à l'idée, j'ai la nausée.
Quelques semaines plus tard, on me signale qu'il n'y a rien qui explique la mort, rien de visible, rien de génétique. Je demande si c'était un garçon ou une fille. On ne peut pas me le dire ... des restes !
Et là, on se retrouve face à un vide immense : la société ne prévoit rien. Rien n'apparaîtra sur mon acte de naissance, sur un livret de famille, rien nul part comme si je n'avais jamais été enceinte. On ne prévoit pas d'enterrement, de cellule psychologique. On me tient à l'écart. Je ne suis rien, on me renie, on m'ignore. Je ne peux même pas leur donner de prénoms. Les prénoms ont été choisis depuis le jour où nous avons découvert la Belgique et sa clinique spécialisée mais ils restent sans attache, sans figure sur lesquels les accrocher.
Pour le premier, on avait fait un acte symbolique : une petite boite à bijoux pour mettre une bague, vide, que l'on a lancé dans une rivière. Pas écolo, je vous le concède mais une façon de tenter de refermer la plaid. Les flots emportent ce petit bateau improvisé, en espérant emporter avec les larmes et la douleur. Pour le second, quoi faire, rien.
J'ai juste peur de la voiture, de ces fous qui ne se rendent pas compte qu'ils tuent ... de toute façon ils ne seront jamais condamnés. Même pour les vivants, il vaut mieux tuer une personne détestée avec une voiture qu'avec une arme à feu : on ne prend qu'un an ou deux de prison. C'est jugé comme un accident ! ça me révolte mais je ne peux rien y changer.
Je fais la sixième tentative mais ... échec. Comme je suis tombée enceinte deux fois (eux ils le savent à l'étranger, ils en tiennent compte !), on m'accorde une septième tentative exceptionnelle mais rien !
J'ai échoué, j'ai réussi mais j'ai échoué. Que faire ?
Il existe la FIV : fécondation in-vitro. Plus compliqué, plus cher ... beaucoup plus cher. Mais on parle d'enfant là, de futur être humain, pas d'argent. Certains voudront réduire cela à cette question de fric mais ça n'a rien à voir. L'argent ne fait que payer un service. En France, on paye ce service de la même façon, pour le même tarif mais c'est la Sécu qui s'en charge ... c'est la seule différence.






