
Je reviens dans la chambre, toujours à deux et peut-être quatre ! Nous attendons environ trente minutes avant de reprendre le tram pour vaquer dans la gare avant de prendre le train. Nous remercions l'infirmière et prenons l'ascenseur en même temps que des parents plein d'espoir mais avec déjà un enfant.
A la gare, quelques minutes plus tard, j'ai un terrible mal au ventre. Je sens un duel en moi. On m'a précisé de ne pas garder la vessie pleine et d'aller le plus souvent possible aux toilettes ; je fais la queue plus de cinq fois en deux heures ! Quelque chose se passe en moi, j'en suis certaine. Rejet ou fusion, ça je ne peux le dire.
Et puis l'attente. Si longue attente. Les médecins nous ont donné un jour précis pour faire le test sanguin. Une semaine pile avant, je sens des odeurs de cuisine avec une précision de chef aux quatre étoiles. Je sais, nous savons alors que je suis enceinte car ... je n'ai aucun odorat sauf quand une vie grandit en moi. Mais pas d'euphorie, surtout pas. Juste une semaine à attendre.
Le semaine se termine. La vampire de service, au laboratoire, peut prendre autant de sang qu'elle veut. Le soir, je passe prendre les résultats. Il ne faut pas se lerrer : une FIV c'est 20% de réussite au premier essai.
Faites sauter le bouchon de champagne, je suis dans les chiffres, chiffres parfaits ... une nouvelle fois. Je suis enceinte. Et de trois ... ou quatre !
Jumeaux possible. Pas longtemps à attendre pour la discussion en couple sur cette possibilité là. S'il y en a deux, on prend les deux. On se débrouillera. On se débrouille toujours dans la vie malgré les bons ou les mauvais moments.
L'attente de savoir si oui ou non enceinte est terminée mais une autre attente commence.
Ma gynécologue me programme deux échographies avant la première officielle : à 7 semaines et à 9 semaines.
Je n'ose plus faire de voiture ; je panique de trop pour ça, je deviens même hystérique quand je vois un bouchon, des lumières rouges arrière qui s'illuminent brusquement, etc.
J'ai mal au ventre ... c'est normal. Je poursuis mon traitement de médicaments.
La septième semaine arrive enfin. Je suis seule pour l'échographie, en vacances, dans une autre ville que celle que j'habite. Je suis seule ... et s'il était mort celui là aussi.
On ne vit pas les pertes de la même manière, jamais, encore moins quand il s'agit d'un enfant que l'on porte. D'une femme à l'autre c'est différent. D'un conjoint à l'autre aussi. Un couple peut voler en éclat suite à cette perte. Il faut faire face à sa peine et à celle de l'autre ; trop difficile parfois. Se taire, en parler encore et encore, pas facile.
La septième semaine est là. Je suis seule dans le bureau de "l'échographe". Je m'allonge sur cette table, identiques aux dizaines de table de radiologue déjà vus. Le spécialiste me pose ce gluant si commun sur le ventre puis son appareil. Je vois, encore, cet espère d'haricot sur le moniteur. Je suis seule. Il est là. Je suis seule. Je le vois. Je suis seule.

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