
L'insémination, ça signifie une journée de congé à prendre du jour au lendemain, une certaine somme d'argent, un allée-retour en métro, en train, en tram, une piqûre dans le ventre deux jours avant le départ en Belgique, des médicaments une semaine puis quatorze jours. Une Fécondation, ça implique deux journées de congé à prendre du jour au lendemain, une grosse somme d'argent, une nuit d'hôtel, un allée-retour, en plus, en métro, train, tram, des piqûres tous les jours, une en plus à minuit deux jours avant le départ en Belgique, des médicaments tout le mois puis durant plus de quatorze jours.
J'en parle à ma gynécologue. Est-ce que ça vaut la peine ! Drôle de phrase. Avoir un enfant c'est être égoïste. Ne pas en avoir c'est être égoïste également.
S'il n'y avait pas eu les deux autres, je n'aurai pas poursuivi, à quoi bon ! Mais j'ai été enceinte à deux reprises, je n'oublie pas, je n'oublierai jamais.
La décision est rapidement prise ; d'autant plus que je change à nouveau de lieu de travail. Je me rapproche de mon domicile. Je n'ai plus que trois stations de métro avec la possibilité d'un bus qui passe en bas de chez moi.
Les choses s'enchaînent alors durant un mois entier.
Jour 1, le traitement débute avec médicaments, prises de sang et échographies. Je trouve des lieux d'examens où que je sois, en fonction de mon travail, je me débrouille ... je sais ce que je veux.
Jour 2 et suivant, je poursuis les médicaments, les examens médicaux et les piqûres dans le ventre ; un coup à droite, un coup à gauche, je repars avec des douleurs et des marques de dards d'insecte !
Jour 12, on vérifie si les doses d'hormones injectées font leur effet mais ... pas vraiment ! J'ai peu d'ovules et ils ne sont même pas gros. Les traitements se poursuivent. Contrôle à nouveau et ... nombre d'ovules équivalents et pas bien plus gros. Les traitements encore. Contrôle : moins d'ovules un peu plus gros.
Au téléphone avec la Belgique, j'entends à nouveau "On tente !"
J'ai prévenu ma hiérarchie, je préfère être sincère. Je pose ma journée de congé et je pars en Belgique, un soir, dans un hôtel à proximité de l'hôpital. Le lendemain matin, très tôt, à jeûn, je vais m'inscrire et payer la totalité. On m'installe dans une chambre et on m'annonce qu'on va entièrement m'endormir ; j'avais zapé l'info. Je suis seule. Les infirmières me sermonent un peu. Je me sens forte, besoin de personne et tant besoin des autres !
Je tombe sur un anesthésiste gentil et marrant. Je m'endors après avoir compté trois ... quel beau chiffre finalement.
Je me réveille à moitié et crois entendre "deux". Je suis dans la chambre, plus alerte mais fatiguée. Le médecin vient me voir avec une triste figure. "Il n'y en avait que deux de fiables. On ne sera que demain si c'est suffisant".
Aurais-je fais tout cela pour rien ?
Je rendre en France un peu démoralisée.
Le lendemain, je suis à mon travail avec, inhabituellement, mon portable en poche. Il vibre vers 11H00. Le réseau passe à peine. Je réussis à m'isoler et à entendre très clairement : "Nous avons fécondé les deux et ils sont parfaits. Pouvez-vous venir demain pour la réimplantation ?"
Bien sûr que je peux revenir le lendemain d'autant plus que c'est samedi. Pas de jour de congé au travail à prendre et là je ne serai pas seule.
Quelle nuit ! Espoir, désespoir, quoi croire ?

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